Guide pratique

Obtenir une caution provisoire ou une caution de retenue de garantie au Maroc : le guide complet

Caution provisoire (≤ 2 % de l'estimation) et caution de retenue de garantie : comment les obtenir via la TGR, une banque, une assurance-caution, TAMWILCOM ou Finéa. Guide pratique pour les appels d'offres et les bons de commande au Maroc.

Mis à jour le 15 juillet 2026 · 13 min de lecture

Décrocher un marché public marocain suppose souvent de fournir une garantie financière avant même de signer. Les deux que les entreprises rencontrent le plus sont la caution provisoire — qui accompagne l'offre lors d'un appel d'offres — et la caution de retenue de garantie, celle qui permet de libérer la trésorerie immobilisée pendant l'exécution. Encore faut-il savoir comment les obtenir concrètement : auprès de qui, avec quelles pièces, à quel coût, et en combien de temps.

Ce guide est opérationnel : il explique pas à pas comment constituer ces cautions via la Trésorerie Générale du Royaume (TGR), une banque, une compagnie d'assurance-caution ou un organisme public comme TAMWILCOM ou Finéa — pour les appels d'offres comme pour les bons de commande. Pour la logique d'ensemble des garanties (montants, bases légales, restitution), voyez d'abord notre dossier « Garanties : caution provisoire, cautionnement définitif et retenue ».

Caution provisoire, caution de retenue de garantie : de quoi parle-t-on ?

Avant de parler « comment », clarifions « quoi ». Trois garanties structurent la commande publique, mais ce guide se concentre sur les deux que vous devez vous procurer activement.

  • La caution provisoire garantit le sérieux de votre candidature à un appel d'offres. Elle est exigée lorsque le maître d'ouvrage le prévoit, et son montant ne peut excéder 2 % de l'estimation des prestations (article 24 du décret n° 2-22-431). Vous la fournissez avant la date limite de remise des offres.
  • La caution de retenue de garantie n'est pas une garantie « de plus » : c'est la caution que vous fournissez en remplacement de la retenue de garantie. Cette retenue ampute normalement 10 % de chaque acompte (plafonnée à 7 % du montant initial) ; en la remplaçant par une caution équivalente, vous encaissez l'intégralité de vos paiements.

Le cautionnement définitif (3 % du montant initial TTC), qui garantit la bonne exécution, obéit à la même mécanique d'obtention que celle décrite ici. Nous le mentionnons au passage, mais l'essentiel du guide vise la provisoire et la caution de retenue de garantie.

À retenir : « caution de retenue de garantie » = une caution (personnelle et solidaire, bancaire ou assurantielle) substituée à la retenue de 10 %. Vous la demandez à votre banque ou à votre assureur, puis vous la remettez au maître d'ouvrage pour ne plus subir de prélèvement sur vos acomptes.

Les formes de constitution d'une caution

La réglementation admet plusieurs formes pour constituer une garantie. Le choix a un impact direct sur votre trésorerie.

FormeComment ça marcheEffet trésorerie
Consignation en numéraireVersement d'espèces reçu par la CDG via les guichets des trésoreries (TGR) → récépissé de versementImmobilise le cash (à éviter si possible)
Caution bancaireEngagement de la banque (crédit par signature), sans décaissement immédiatConsomme la ligne de crédit ; contre-garanties fréquentes
Assurance-cautionActe de caution émis par une compagnie d'assurance agrééeN'impacte pas les lignes bancaires ; pas de cash collateral
Caution personnelle et solidaireEngagement d'un tiers/organisme de garantie, surtout en substitution de la retenueLibère les acomptes retenus
Chèque certifiéMode historique, largement remplacé par la voie électroniqueImmobilise la provision

Dans la quasi-totalité des cas, une entreprise a intérêt à privilégier une caution émise par un tiers (banque, assureur, organisme public) plutôt qu'une consignation en numéraire : le principe même de la caution est de ne pas immobiliser votre argent.

Le rôle exact de la TGR (et de la CDG)

Beaucoup de soumissionnaires parlent d'« obtenir sa caution auprès de la TGR ». La réalité mérite une précision utile, car deux institutions interviennent.

La Trésorerie Générale du Royaume (TGR) gère le Portail des Marchés Publics et a dématérialisé le récépissé de cautionnement provisoire : elle a publié un guide d'utilisation du système de dématérialisation des récépissés, et assure l'interconnexion entre les banques et les entreprises pour une validation électronique. Concrètement, la caution bancaire provisoire peut désormais être émise et transmise de façon entièrement électronique via marchespublics.gov.ma, puis intégrée à votre dossier de soumission — fini le déplacement en agence pour récupérer un document papier.

La Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG), elle, est l'organisme qui reçoit les consignations en numéraire. Lorsque vous versez une caution en espèces, le dépôt s'effectue aux guichets des trésoreries de la TGR, qui agissent comme correspondants de la CDG ; un récépissé de versement vous est remis. C'est ce récépissé — un titre quasi au porteur — qui servira ensuite à obtenir la mainlevée et à récupérer les fonds.

À retenir : ne confondez pas les deux rôles. La TGR = le portail, l'interconnexion bancaire et la dématérialisation des récépissés. La CDG = la réception des consignations en numéraire et leur restitution sur récépissé. Pour la voie moderne (caution électronique), tout passe par le portail de la TGR.

Obtenir sa caution provisoire (appels d'offres), étape par étape

Voici le parcours type pour se procurer une caution provisoire et la joindre à une offre d'appel d'offres.

Étape 1 : choisir son canal

Trois grandes options s'offrent à vous : une caution bancaire, une assurance-caution, ou le recours à un organisme public (TAMWILCOM garantit votre ligne bancaire ; Finéa peut émettre directement la caution). Le comparatif détaillé figure plus bas. Le principe : réservez la consignation en numéraire au dernier recours, car elle immobilise votre trésorerie.

Étape 2 : constituer le dossier

Banque et assureur demandent, en général :

  • Volet juridique : statuts, extrait du registre de commerce (modèle J), CIN du dirigeant, ICE, patente / identifiant fiscal ;
  • Volet financier : liasses fiscales (souvent des trois derniers exercices), relevés bancaires, plan de trésorerie ;
  • Volet marché : l'avis d'appel d'offres, le cahier des prescriptions spéciales (CPS) et le montant de l'estimation.

Étape 3 : anticiper le délai

C'est le point le plus sous-estimé. L'ouverture d'une première ligne de caution auprès d'une banque prend souvent de trois à huit semaines le temps de l'analyse et de la mise en place des contre-garanties. Une fois la ligne établie, l'émission d'une caution individuelle ne prend plus que quelques jours. Ne découvrez jamais ce besoin la semaine du dépôt.

⚠️ Attention : les banques exigent fréquemment des contre-garanties (nantissement du marché, caution personnelle du gérant, et parfois un dépôt à terme nanti de 50 à 100 %). Ce dernier point immobilise votre cash et annule l'intérêt de la caution : négociez-le, ou orientez-vous vers l'assurance-caution ou un organisme public.

Étape 4 : émettre et transmettre par voie électronique

Grâce à l'interconnexion pilotée par la TGR, la caution bancaire provisoire est aujourd'hui émise et transmise électroniquement via le portail : elle est générée puis insérée dans votre dossier de soumission, sans récépissé papier à aller chercher. Vérifiez, avant la date limite, que la caution apparaît bien dans votre pli.

Étape 5 : la restitution

Si vous n'êtes pas retenu, la caution est libérée rapidement : la mainlevée intervient en principe dans les 48 heures suivant l'achèvement des travaux de la commission. Si vous êtes attributaire, votre caution provisoire est libérée dès que vous avez constitué le cautionnement définitif (3 % du montant initial TTC, à fournir dans le délai fixé — de l'ordre de 30 jours après notification).

Obtenir une caution de retenue de garantie

Pendant l'exécution d'un marché, l'administration prélève une retenue de garantie de 10 % sur chaque acompte, jusqu'à un plafond de 7 % du montant initial. Cet argent, immobilisé jusqu'à la fin du marché, pèse lourdement sur la trésorerie. La bonne nouvelle : vous pouvez le récupérer immédiatement en fournissant une caution de retenue de garantie.

Le principe

Vous faites établir une caution d'un montant équivalent à la retenue (caution personnelle et solidaire, bancaire ou assurantielle) et vous la remettez au maître d'ouvrage. En contrepartie, l'administration cesse de prélever les 10 % et vous encaissez l'intégralité de vos décomptes. La sécurité offerte à l'acheteur est la même ; votre trésorerie, elle, respire.

La marche à suivre

  1. Sollicitez votre banque ou votre assureur pour un acte de caution de retenue de garantie, en indiquant le marché et le montant à couvrir ;
  2. Faites établir l'acte de caution au bénéfice du maître d'ouvrage, conforme au modèle exigé ;
  3. Remettez la caution au maître d'ouvrage : le prélèvement de la retenue s'arrête, ou la retenue déjà constituée vous est remboursée ;
  4. Conservez l'acte jusqu'à la mainlevée.

La mainlevée

La caution de retenue de garantie (comme le cautionnement définitif) est libérée après la réception définitive des prestations et la mainlevée délivrée par le maître d'ouvrage, dans le délai réglementaire (de l'ordre de trois mois). Tant que la mainlevée n'est pas prononcée, la caution reste engagée.

⚠️ Attention : ne « oubliez » jamais une mainlevée. Une caution qui reste engagée après la fin du marché continue de vous coûter des commissions et de peser sur vos lignes. Réclamez la mainlevée dès la réception définitive ; en cas de retenue indue, la jurisprudence de la CNCP protège l'entreprise contre les confiscations abusives.

Banque, assurance-caution, TAMWILCOM, Finéa : quel canal choisir ?

Les ordres de grandeur ci-dessous sont indicatifs (marché 2024-2025) et varient selon l'établissement et votre profil ; seules les conditions du prestataire font foi.

CanalCoût indicatifCash collateralParticularité
Banque~2 % l'an HT, trimestre indivisibleSouvent DAT 50-100 %Consomme la ligne ; caution provisoire désormais dématérialisée
Assurance-caution~1,5 à 2 % l'anAucunN'impacte pas les lignes bancaires (AtlantaSanad, Wafa Assurance, SMA BTP…)
TAMWILCOM (ex-CCG)Commission de garantie ~0,5 %AllégéGarantit la ligne bancaire (ne délivre pas la caution) : Damane Express, Damane Atassyir
FinéaDispositif allégéAucunÉmet directement la caution provisoire (nantissement du marché) ; ciblé TPME

En pratique, la stratégie gagnante combine les canaux : une banque pour la relation courante, complétée par TAMWILCOM (pour alléger, voire supprimer, l'exigence de dépôt à terme nanti) ou par une assurance-caution / Finéa pour préserver totalement vos lignes de crédit. Pour une TPME qui débute, l'assurance-caution et Finéa sont souvent les voies les plus protectrices de la trésorerie.

À retenir : l'objectif n'est pas seulement d'« avoir » la caution, mais de l'obtenir sans immobiliser votre cash. C'est là que se joue la différence entre un marché rentable et un marché qui asphyxie la trésorerie.

Et pour les bons de commande ?

Bonne nouvelle pour les entreprises qui débutent : les achats par bons de commande — plafonnés à 500 000 DH TTC — n'exigent en règle générale aucune caution, ni provisoire ni définitive. C'est précisément ce qui fait du bon de commande la porte d'entrée la plus accessible de la commande publique : vous pouvez décrocher vos premiers marchés, bâtir des références et vous familiariser avec les procédures sans immobiliser de trésorerie en garanties.

La contrepartie se joue ailleurs : sur le bon de commande, tout est électronique et rapide, et c'est la signature électronique (et non une caution) qui est le sésame. Pour ce volet, voyez notre guide dédié : « Clé de soumission électronique aux appels d'offres et bons de commande ».

⚠️ Attention : « en règle générale » ne veut pas dire « jamais ». Lisez toujours l'avis et, le cas échéant, le cahier des charges : si une garantie est exceptionnellement exigée, la marche à suivre est celle décrite plus haut. En cas de doute, la source officielle (marchespublics.gov.ma) fait foi.

Les erreurs les plus fréquentes

  • Découvrir le besoin trop tard → l'ouverture d'une première ligne bancaire prend 3 à 8 semaines. Anticipez dès le repérage de l'avis.
  • Accepter un dépôt à terme nanti à 100 % → il immobilise votre cash et annule l'intérêt de la caution. Négociez, ou passez par TAMWILCOM, l'assurance-caution ou Finéa.
  • Confondre TGR et CDG → la consignation en numéraire est reçue par la CDG (via les guichets des trésoreries) ; la voie électronique passe par le portail de la TGR.
  • Sous-estimer la facturation « trimestre indivisible » → une caution émise pour quelques jours peut être facturée un trimestre entier. Intégrez ce coût dans votre chiffrage.
  • Oublier de réclamer la mainlevée → une caution non libérée après la réception définitive continue de vous coûter et d'occuper vos lignes.
  • Immobiliser du numéraire par défaut → la consignation en espèces devrait être le dernier recours, pas le réflexe.

Questions fréquentes

Faut-il une caution pour répondre à un bon de commande public ?

En règle générale, non. Les achats par bons de commande (plafonnés à 500 000 DH TTC) ne requièrent généralement ni caution provisoire ni cautionnement définitif — d'où leur statut de porte d'entrée de la commande publique. Vérifiez toutefois chaque avis : un cahier des prescriptions spéciales peut exceptionnellement prévoir une garantie.

Une caution en numéraire se dépose-t-elle à la TGR ou à la CDG ?

Les consignations en numéraire sont juridiquement reçues par la CDG, mais le versement s'effectue en pratique aux guichets des trésoreries de la TGR, correspondants de la CDG. Un récépissé vous est remis ; il servira à la mainlevée. La TGR, elle, gère le portail et a dématérialisé le récépissé de cautionnement provisoire.

Comment remplacer la retenue de garantie par une caution ?

Faites établir par votre banque ou votre assureur une caution d'un montant équivalent à la retenue (10 % plafonnée à 7 %), puis remettez-la au maître d'ouvrage. L'administration cesse alors de prélever et vous encaissez l'intégralité de vos acomptes.

Combien coûte une caution provisoire ?

En pratique, de l'ordre de 2 % l'an pour une caution bancaire (facturée par trimestre indivisible) et 1,5 à 2 % l'an pour une assurance-caution, sans immobilisation de trésorerie. Ces montants varient selon l'établissement et votre profil ; seules les conditions du prestataire font foi.

Quel est le montant d'une caution provisoire ?

Elle ne peut excéder 2 % de l'estimation du maître d'ouvrage (article 24 du décret n° 2-22-431). En pratique, elle est souvent forfaitaire et son montant, indiqué dans l'avis, va de quelques milliers à quelques dizaines de milliers de dirhams selon l'envergure du marché.

Quand la caution provisoire est-elle restituée ?

Pour les non-retenus, la mainlevée intervient en principe dans les 48 heures suivant l'achèvement des travaux de la commission. Pour l'attributaire, elle est libérée dès la constitution du cautionnement définitif.

En résumé : obtenir sa caution sans asphyxier sa trésorerie

Se procurer une caution provisoire ou une caution de retenue de garantie n'a rien de sorcier, à condition de s'y prendre tôt et de choisir le bon canal. Retenez trois réflexes : anticiper (une première ligne bancaire prend plusieurs semaines), préserver le cash (privilégier caution bancaire garantie par TAMWILCOM, assurance-caution ou Finéa plutôt que le numéraire), et ne jamais oublier la mainlevée après la réception définitive.

Et pour vos débuts, souvenez-vous que les bons de commande vous dispensent généralement de toute caution : c'est la voie idéale pour engranger des références avant d'aborder les appels d'offres à garanties. Explorez dès aujourd'hui les bons de commande publics et paramétrez une alerte pour repérer les opportunités adaptées à votre capacité financière.

Sources et références

  • Décret n° 2-22-431 du 8 mars 2023 relatif aux marchés publics (notamment article 24 : caution provisoire ≤ 2 % de l'estimation).
  • CCAG-Travaux (décret n° 2-14-394) : cautionnement définitif (3 % TTC) et retenue de garantie (10 % plafonnée à 7 %, substituable par caution).
  • Dahir du 11 décembre 1956 relatif aux cautionnements exigés des soumissionnaires et titulaires de marchés publics.
  • Trésorerie Générale du Royaume (tgr.gov.ma / marchespublics.gov.ma) : dématérialisation des récépissés de cautionnement provisoire et interconnexion bancaire.
  • Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG) : consignations en numéraire et restitution sur récépissé.
  • TAMWILCOM (ex-CCG) et Finéa : garantie et émission de cautions pour la commande publique ; compagnies d'assurance-caution agréées. Conditions commerciales indicatives (marché 2024-2025) — les conditions du prestataire et les textes officiels font foi.

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Sources officielles : décret n° 2-12-349 (2013) et décret n° 2-22-431 (2023) relatifs aux marchés publics, et le portail marocain des marchés publics. Ce contenu a une vocation informative ; la source officielle et les textes en vigueur font toujours foi.

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